—Eh non, mille fois non… Nous disons couplets, dans la nouvelle école, pour toute espèce de coupures dans les vers. Un couplet, c'est ce que vous appeliez, avant la connaissance de toute poésie, morceau, strophes, je crois; stances, huitains, que sais-je même!
—Je serais curieux de voir vos couplets.
—Vous les verrez.
—Quand ils seront écrits?
—Ils sont écrits.
—Ah, pardieu! vous devriez bien me faire le plaisir…
—Le plaisir est fait; les voilà… Allez les lire, sans faire semblant de rien, à la chandelle; c'est à la lueur des flambeaux ou de la foudre qu'il faudrait que cela fût lu… Et quand vous aurez vu, lu et pensé ce que vous aurez à penser, vous me remettrez le papier, en me disant comment vous les aurez trouvés, ces vers… Je vous attends, vous et le jugement que vous en aurez porté.»
Je pris le brouillon du chef pour aller le lire à la lueur de l'habitacle, le seul feu qui fût allumé à bord à cette heure, mais je n'avais pas fait deux pas pour me rendre derrière, que l'auteur, me saisissant par le bras, m'arrêta tout court pour me faire observer, avant que je lusse ses vers, qu'il avait eu soin de jeter de l'inattendu et du pittoresque dans ses couplets, en entremêlant des allusions maritimes aux images de la plus haute inspiration.
«La poésie et la marine sont sœurs, ajoute-t-il, depuis que nous avons remis les choses à leur place dans la littérature: la mer et les cieux, d'où découle toute harmonie, se touchent; je ne les ai pas séparés: mais au surplus, comme les termes de marine ne vous sont guère plus familiers qu'à moi, qui les ai employés pour la première fois, je vous préviens que vous les reconnaîtrez à la raie que j'ai eu la précaution de faire sous chacun d'eux, en couchant mes idées sur le papier: tous les mots du métier vous les trouverez soulignés…
—Très bien; je tiendrai compte des commentaires et de la note…