En prononçant ces paroles, il avait à moitié risqué sa main droite vers moi. Je m'appuyai les poignets sur la hanche, et sa main droite se réfugia dans son gilet, en chiffonnant un peu le jabot qu'il portait.
Nous entrâmes en conversation après ce court échange de politesses. Il s'excusa de me recevoir en négligé et dans son magasin. Ce drôle avait un bel habit, puis une plume fichée à l'oreille droite, et les doigts légèrement tachés d'encre.
«Que faites-vous maintenant? lui demandai-je, pour entrer incidemment en matière.
—Des affaires sur place.
—J'aurais plutôt pensé que tous faisiez des cigarres.
—Oh non, ce n'est pas moi; c'est monsieur que vous voyez… Mais je vais vous expliquer tout cela en faisant un tour avec vous dans la rue.»
Il se lava délicatement l'extrémité des doigts, prit son chapeau, passa son bras assez timidement sous le mien, et m'entraîna à quelque distance de son échoppe, et en se dandinant avec complaisance sur ses hanches, il me dit:
«Je n'ai pas voulu m'étendre avec vous devant ces gens, sur le genre d'affaires que j'ai entrepris. J'ai été forcé de m'établir provisoirement dans ce magasin dont je n'occupe encore qu'une partie: le fabricant de cigarres, que vous avez vu, m'en a cédé la moitié… Mais je vous confierai, de vous à moi, que mes relations ont pris un développement qui va m'obliger à tenir un train de maison considérable. Je fais maintenant la commission du dehors, et les denrées américaines pour le dedans.
—Et avec quel argent faites-vous cela?
—Mais avec mon argent, parbleu! comment, vous ne savez pas les bénéfices que j'ai réalisés sur ma dernière opération de traite? trois capitaux pour un; c'est connu de toute l'île.