—J'ignorais même que vous eussiez des intérêts dans les opérations de traite.
—Ce sont des actions désespérées que j'ai achetées dans le temps, et qui sont venues à bon port. Oh! je suis maintenant en première ligne sur la place.
—Et en première ligne sur la rue, pensai-je en moi-même.»
Le Banian reprit:
«Vous pensez bien que, dans la position élevée que je me suis créée, j'aurais pu me donner, comme tant d'autres, des jouissances recherchées, des plaisirs variés; me loger dans des appartemens somptueux, avec une maîtresse titrée; mais j'ai pensé que les plus sûrs bénéfices à réaliser dans les affaires, sont les dépenses que l'on épargne. Ainsi, au lieu d'avoir une maison montée, je n'occupe que la moitié d'un magasin assez modeste, et, au lieu d'entretenir une maîtresse, je me contente de la femme du fabricant de cigarres qui m'a cédé une partie de son logement: c'est plus économique, et, avec cela, plus moral, plus respectable dans les affaires… Vous verrez enfin, pourvu que le hasard favorise le projet que j'ai en tête… Mais, dites-moi, on m'a appris que vous partiez pour la France; est-il vrai?
—Demain même nous appareillons.
—Eh bien, vous pouvez me rendre un signalé service, mais un service qui, cette fois au moins, ne vous coûtera rien. Il faut vous dire que j'ai déjà fait des circulaires pour ma maison.
—Entendons-nous un peu; car je vous demanderai d'abord si vous avez une maison? On ne fait ordinairement de circulaires dans le commerce, que quand les actes de société ont été dressés, ou les dispositions bien prises et bien établies.
—Dans le pays que nous habitons, la chose n'est pas aussi nécessaire, et l'on peut se passer ici, sans le moindre inconvénient, de la régularité que l'on apporte en France dans tous les petits détails de ce genre. D'ailleurs, il ne serait plus temps de revenir sur ce qui est fait. Ma circulaire a vu le jour, je l'ai lancée hier dans le monde, et déjà elle est en bon chemin. En voici, au reste, un exemplaire; lisez:»
Je lus: