«Eh bien! le bal était magnifique, la fête délicieuse: notre homme est maron: il vient de se sauver dans les Mornes.
XIV
Je devins en un mot ce qu'on appelle MARON dans la langue classique de ces barbares.
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Supplicia la pauvre négresse;—exil dans les Mornes;—embarras qui succèdent au maronage du Banian.
La catastrophe du Banian occupa la colonie pendant trois ou quatre jours; le temps de démolir sa salle de bal. J'y pensai pendant une semaine, et ensuite je n'y pensai plus du tout. Il y a des grandeurs dont la chute n'a pas même le privilége de faire de l'éclat: elle ne produit que du ridicule.
J'aurais continué probablement à oublier long-temps mon homme, si lui-même n'avait pas pris la peine de venir se rappeler, en personne, à mon souvenir.
Un soir où les coups de tonnerre et les pluies de l'hivernage m'avaient forcé de regagner mon logis de meilleure heure que de coutume, je crus entendre quelqu'un frapper timidement à ma porte. J'ouvris, et je vis un individu affublé d'un costume de nègre endimanché, s'avancer vers moi, en me saluant cérémonieusement et avec un air de soumission que l'on n'est pas habitué à rencontrer chez les blancs des colonies. Je regardai attentivement mon homme, dès que sa tête, respectueusement inclinée, se fut enfin relevée vers moi… Je reconnus mon Banian.
«Et d'où venez-vous ainsi? m'écriai-je, en le revoyant fagoté de la sorte.
—De l'exil! me répondit-il d'une voix mélodramatique.
—Et quel motif a pu vous forcer à courir le danger d'être reconnu par tous ceux qui vous poursuivent encore?