—La misère!

—Voyons, asseyez-vous! ne craignez rien ici: vous tremblez comme la feuille…

—Oui, je tremble d'indignation!

—La pluie vous a traversé: voici du linge et des vêtemens.

—Ce n'est pas la pluie… Ce sont les hommes, les orages du cœur… Les vêtemens ne garantissent pas de ces orages-là, et le linge blanc ne sèche rien… Pouvez-vous m'écouter un instant?

—Toute la nuit, si bon vous semble… Mais asseyez-vous, reposez-vous, que diable! vous n'êtes pas ici dans la main des huissiers…

—Oh! non, non. Vous avez un cœur, vous! un esprit qui conseille, une âme qui console… Moi, j'ai une bouche qui dit encore; des yeux qui pleurent, une voix qui crie au fond de l'abîme, et qui n'est point entendue des heureux qui dansent au bord, des insensés qui folâtrent sur les fleurs du précipice!»

L'exilé pleura, en achevant ces mots: je ne pus calmer son affliction, qu'après avoir épuisé toutes les consolations que je pouvais lui prodiguer… Il reprit au bout de quelques instans:

«L'histoire de ma proscription sera longue: le ciel n'a pas donné la phrase sèche et brève au malheur, et cette proscription a été féconde en événemens bizarres qui sollicitent et commandent l'attention la plus soutenue… Mais vous m'avez assuré que vous pouviez me consacrer jusqu'à la nuit tout entière… Je n'irai pas si loin; je n'abuserai pas de cette hospitalité d'attentions délicates… Le temps affreux qu'il fait dehors ne réclame pas, d'ailleurs, les heures que vous pourriez donner aux folles joies de ce monde, et le démon des élémens s'accorde avec le démon de mes idées… Oui, je rends grâces au ciel qui m'envoie cette soirée épouvantable, au moment où je vais vous raconter les tempêtes de mon existence. C'est le seul bienfait qui, depuis trois mois, me soit tombé de la main de Dieu. Je vais commencer, avec votre permission; écoutez.»

J'écoutai le récit que me promettait ce dramatique début. Mais avant d'entrer dans les détails qu'il avait à me raconter, mon narrateur jugea à propos de me demander: