«C'est moi! me répondit d'une voix de taureau, le concierge lui-même, sans lever à peine les yeux sur moi.

—Qu'y a-t-il pour votre service? me demanda d'un ton assez doux la jeune personne.

—Je voudrais dire un mot en particulier au chef de la maison.

—Quand je vous ai dit que c'était moi, hurla encore le geôlier, c'est que c'est moi, et si vous avez un mot à dire, dites-en deux si vous voulez: je suis ici en particulier… Mais, sans être trop curieux, qui êtes-vous, s'il vous plaît, monsieur? car on est bien aise de savoir à qui on parle, quand on parle à quelqu'un.

—Je suis étranger, monsieur…

—Mais vous m'avez l'air cependant d'être Français et de parler la langue comme un Parisien?

—Oui, je suis Français, mais j'ai voulu vous dire que j'étais étranger à Saint-Thomas.

—Alors dites ce que vous voulez dire, si vous voulez que je vous comprenne… On peut être étranger ici, et c'est tant mieux même, car il ne manque pas de mauvais garnemens dans la population de ce pays; mais quand on est Français et qu'une sentinelle vous crie: Qui vive? on répond sans rechigner: Français, quoi! parce qu'il n'y a pas de mal à cela, et le péché mortel n'est pas dans la chose en question. N'est-ce pas, petite, que penses-tu de la chose et du péché mortel, qui n'est pas dans la chose en question?

—Mon père, je pense comme vous; mais monsieur a témoigné le désir de vous parler.

—Qu'il parle, le monsieur, qu'il parle! je ne l'empêche pas de parler en conséquence; mais quand on vient me conter qu'on est étranger parce qu'on est Français, moi je prends pour mon compte l'insulte faite à ma nation: c'est que je suis Français aussi, moi, et surtout, quand je viens de dîner, le pays se présente à ma tête avec tout ce que moi et les autres avons fait pour notre patrie… Entendez-vous, Français toujours, moi, et jamais étranger, ou que le diable m'enlève plutôt!