—Cette conjecture ne prouve pas encore que vous sachiez son nom. Vous pensez bien qu'il n'y a que pour un ami que l'on puisse tenter ce que je viens de faire pour ce malheureux.

—Un de vos amis qui a fait la traversée avec nous, du Hâvre à la Martinique?»

A ce mot, je crus, et non pas sans frayeur, que la comtesse était instruite de tout et qu'elle ne connaissait que trop bien le malheureux que je venais de soustraire à sa vengeance et à la mort. Je n'osai plus lui répondre, elle continua:

—Ah! vous avez cru cacher à ma pénétration le nom du criminel que vous étiez parvenu à ravir à ma vigilance! Mais vous devez être convaincu maintenant que s'il est encore possible de me surprendre, il est un peu plus difficile de m'abuser long-temps. Au reste l'intérêt que vous avait témoigné le despote pendant la traversée, méritait bien un pareil acte d'obligeance de votre part. Vous vous êtes montré reconnaissant en lui conservant la vie; il n'y a rien que de très honorable pour vous dans une telle conduite.

—Mais de qui donc encore voulez-vous parler? demandai-je à la comtesse en devinant qu'elle se trompait dans ses conjectures.

—De qui? ah! vous voulez encore me faire perdre la piste! il est trop tard, monsieur le mystérieux. L'homme dont je veux parler est celui qui a tenu, à son bord, la conduite d'un pirate, et qui a préludé à l'honorable profession qu'il a embrassée par la suite, en nous rendant témoins de sa cruauté, en abusant de la manière la plus atroce de son autorité et de la faiblesse de son malheureux équipage!

—Le capitaine!

—Oui, votre capitaine Lanclume, lui-même… Oui, faites l'étonné maintenant, je vous le conseille; comme si je ne l'avais pas reconnu déjà au nombre des forbans du corsaire qui nous a arrachés à nos familles épouvantées…

—Le capitaine Lanclume… Je vous jure que vous êtes, madame, dans l'erreur la plus complète et que ce n'était pas lui…

—Qui était-ce donc, alors?»