Le coup de sifflet ordonné se fit entendre bientôt, et le maître cria à haute et intelligible voix:

«Descends tout le monde en bas pour changer de costume en double, et remonter ensuite sur le pont proprement.»

Quand vint le tour du Banian d'aller faire aussi sa toilette en sa qualité d'officier du bord, le commandant le fit appeler pour lui dire en particulier:

«Vous, monsieur le protégé, je vous ai réservé une mission qui conviendra aux manières et aux formes que vous avez dû contracter dans le monde où vous avez brillé un instant, et qui s'est ensuite moqué de vous. Vous vous travestirez en officier de marine pour aller inviter, de ma part, au bal que je donne à bord, toutes les personnes considérables et toutes les femmes les plus riches et les plus jolies de Cumana.

—Monsieur le commandant, vous me permettrez de vous faire observer…

—Monsieur le capitaine d'armes, je n'aime pas les observations.

—Mais en ce cas, monsieur le commandant, je prendrai la liberté de vous faire remarquer…

—Je remarque et j'observe tout par moi-même.

—Eh bien! commandant, je vous avouerai tout bonnement alors, qu'étant venu à la Martinique avec une jeune comtesse qui devait habiter Cumana, je craindrais, en me chargeant de la mission que vous voulez bien me confier, d'être reconnu par cette comtesse, et de m'exposer à trahir involontairement un projet qui, peut-être, selon vos intentions, doit rester secret.

—Ah! diable, vous connaissez, dites-vous, une jeune comtesse à Cumana?