—C'est moi, c'est moi: n'aie pas peur!

—Mais qui toi? Est-ce que…? Ah! mon Dieu!

—Oui, c'est moi, moi, petit Jacques, tu sais bien; mais je t'en prie, parle bas: on pourrait nous entendre.

—Comment c'est… et où étais-tu donc, pauvre petit Jacques?

Cachée sous ta cabine même. La crainte de nous trahir m'a empêchée de te répondre pendant le jour, quand tu me cherchais partout ici; si tu savais combien j'ai souffert de ton inquiétude! Mais me voilà avec toi, délivrée de la contrainte que j'éprouvais sur le corsaire. Ah! si nous pouvions tous deux retourner en France! que je bénirais le Ciel, et toi, toi, mon ami, mon frère, mon enfant!….

Et des caresses bien innocentes, de mon côté du moins, exprimaient à petit Jacques tout le plaisir que j'éprouvais à le retrouver après avoir perdu l'espoir de le revoir encore.

—Comment apprendre au capitaine de prise que je suis à bord, ou comment plutôt lui cacher ma présence?

—Je lui dirai tout: je ne le crains plus. Il pourra bien me battre, me tuer; mais il ne pourra plus te renvoyer à bord du corsaire; c'est tout ce qu'il me faut.

—Ho! garde-toi bien, mon ami, de lui avouer… Je suppose qu'il a déjà deviné, à bord du corsaire même, qui j'étais. C'est un homme qui m'inspire autant de défiance que de dégoût!

—Et à moi donc, l'ivrogne! Mais je dirai tout au second, à Ivon, qui est un brave homme, lui: il aura pitié de toi et de moi… Jacques me donna ses deux mains que je pressai dans les miennes, et s'endormit auprès de moi, harassé par la fatigue et peut-être par les émotions de cette nuit que nous venions d'acheter au prix de plus d'un inconvénient et d'un péril peut-être.