Pour moi je ne soupirais qu'au nom de Rosalie. «Ce n'est pas l'embarras, reprenait-il, les femmes peuvent être bonnes à quelque chose pourtant. Il y a par exemple madame Milliken, la femme du purser de Mill-Prison, qui l'autre jour, en dehors de la barrière, m'a demandé comment tu t'appelais.

—Quoi? cette jolie dame qui montre quelquefois sa tête à la fenêtre du bureau?

—Précisément. Est-ce que tu aurais déjà mis le cap dessus?

—Non, mais l'autre jour elle m'a fait signe d'avancer sous ses croisées, et elle m'a jeté un nouveau Testament que voilà!

—Le beau fichu cadeau qu'un Nouveau Testament! C'est bien la peine d'appeler quelqu'un, pour lui envoyer un livre de cette espèce dans la main! Mais ce n'est pas de ça qu'il s'agit. Il faut songer à jouer des jambes, le plus tôt possible, et à mettre l'Anglais dedans; car, quand bien même je gagnerais de l'argent plein la calle d'un vaisseau à trois ponts, la liberté sera toujours pour moi la liberté, vois-tu?

—Et quel moyen employer pour sortir d'ici?

—Depuis quinze jours, toute la prison travaille à un trou d'un demi-quart de lieue de long. Chaque piocheur prend, dans sa poche, la terre que nous grattons la nuit, et puis il la jette dans les latrines du pré pour cacher la farce que nous voulons jouer à l'Anglais.

—Pas possible!

—Tout est possible à qui veut respirer la belle air et manger des choux de France. Dans trois jours, tu me diras des nouvelles de mon trou; car c'est moi qu'on a nommé maître de ce trou-là.

—Mais si un traître venait à découvrir aux Anglais?…