J'appareillai pour aller croiser quelque temps au large, pendant que Duc-Ephraïm devait s'occuper de me composer une cargaison en échange des objets que je lui avais confiés.
Pendant la quarantaine que je fis dans le golfe de Guinée, un lieutenant de vaisseau, commandant une corvette française, me visita. Vous avez été expédié, me dit-il, pour aller chercher de l'huile de palme, du bois d'ébène et de la poudre d'or, mais pourquoi avez-vous des panneaux si larges?
—Pour que ma cargaison soit plus aérée et ma cale plus saine.
—Vos chaudières sont bien grandes et votre cuisine bien vaste?
—C'est que mon équipage est nombreux et qu'il aime beaucoup la soupe.
—Et ces fers que vous avez dans la cale, que voulez-vous en faire?
—Je veux les vendre aux souverains de la côte, qui, à mon dernier voyage, m'ont donné une commande pour que je leur apportasse des chaînes destinées à enferrer leurs nègres mutins.
—Ne réserveriez-vous pas plutôt ces chaînes à votre propre usage?
—Croyez-vous donc, monsieur, que si je voulais faire la traite, j'arriverais sur la côte d'Afrique sans cargaison? Vous avez cherché dans ma calle des objets d'échange, et vous n'y avez trouvé que du lest. Pensez-vous que ce soit avec des cailloux que l'on achète des noirs à Boni ou à Bénin?
Mes réponses et mes objections ne parurent satisfaire que fort médiocrement les scrupules de mon capitaine-visiteur; mais comme mes expéditions se trouvaient en règle et que ma cale ne renfermait que du lest, il me laissa aller, en apposant son visa sur mes papiers.