—Clouons, clouons notre pavillon, capitaine, crie l'équipage; à l'abordage, et pas de pardon!
—Oui, mes fils, il sera cloué, notre pavillon! Faites descendre nos noirs; qu'on les mette aux fers, et parons-nous à sauter à bord du brick, après lui avoir envoyé toute notre volée dans les flancs.
—Oui, oui, à l'abordage, à l'abordage, capitaine!
Raphaël ne paraissait avoir fait aucune disposition de combat, quoiqu'il eût un équipage aussi fort que le mien. À l'instant où je me disposais à lui lancer toute ma bordée, en le prenant en hanche, je le vois monter sur son couronnement, et me faire signe d'attendre un instant. Puis il me crie au porte-voix:
«Léonard, seul je suis coupable, j'ai tout fait malgré mes hommes. Tu as plus d'artillerie que moi, mais j'ai autant de matelots que toi, et nous sommes disposés à nous défendre.
—Eh bien, défends-toi, misérable brigand!
—Ecoute-moi encore un seul instant avant de m'aborder. On te dit brave, et tu ne voudras pas faire massacrer deux équipages innocens, pour me punir moi seul, qui suis coupable, et pour n'obtenir peut-être qu'un avantage douteux… Veux-tu que nous vidions à nous seuls notre querelle?
—Non! non! s'écrient mes gens: à l'abordage! à l'abordage!
Je suspends un instant l'irritation de mes matelots et la colère de mon second; et, sans trop prendre le temps de la réflexion, je réponds à Raphaël:
—Eh bien! oui, j'accepte ton défi, vil voleur, pour avoir le plaisir de te punir de ma main.