— J’en sais aussi quelques-unes.

— Ah ! vous en savez quelques-unes ! Je prends note de l’aveu, et nous allons bientôt voir jusqu’à quel point vous parviendrez à nous en imposer par votre assurance. Messieurs, je vous en prie, ne riez pas. La chose en elle-même est plus sérieuse que vous ne pensez. Voyons, mademoiselle, faites-moi le plaisir de me dire ce qu’on entend par deux lignes parallèles ?

— On entend par deux lignes parallèles, deux lignes qui prolongées indéfiniment ne peuvent jamais se rencontrer.

— Bravo, bravo ! c’est cela, s’écrièrent tous les examinateurs.

Le président Lapérelle, un peu piqué de la justesse avec laquelle l’interrogée avait répondu à sa question, réclame de nouveau l’attention de l’auditoire et poursuit ainsi son interrogatoire géométrique.

— Pourriez-vous me dire, à présent que l’approbation de ces messieurs a dû faire disparaître votre timidité naturelle, à quoi équivalent les angles d’un triangle rectiligne ?

— Les angles d’un triangle rectiligne équivalent à 180 degrés ou à la somme de deux angles droits.

— Bravo, bravissimo ! s’écrièrent une seconde fois les auditeurs enchantés. Président, c’est assez : il y a des capitaines de vaisseau qui n’en savent pas autant qu’elle. Bravo, Juliette ! reçue aspirante de marine d’emblée ! tu viens de satisfaire à toutes les conditions d’examen. Vexé le président, vexé !

— S’il en est ainsi, reprend avec dépit notre doyen, il n’y a plus moyen de vous parler raison. On n’a pas d’idée d’une extravagance pareille ! Mais puisque je n’ai pu réussir à vous faire comprendre tout ce qu’il y avait de sérieux et de sensé dans mes observations, je ne souffrirai pas du moins que les désordres auxquels je voulais mettre un terme se prolongent sous ma surveillance, et dès cet instant j’abdique mes fonctions ; messieurs, choisissez, s’il vous plaît, un autre président.

— Et ta place auprès de la petite, l’abdiques-tu aussi ?