— Mais quoi, encore ? Je sais bien que l’autre jour j’ai eu tort en achetant à crédit le chapeau que M. Mathias a eu la bonté de dire qu’il m’avait donné. J’ai été bien coupable sans doute ; mais c’est là tout ce que j’ai fait de mal, et vous dites que vous supposez…
— Oui, puisqu’il faut vous le dire, votre silence m’autoriserait à soupçonner que dans le sein même de notre réunion, la délation soudoyée par la malveillance, aurait pu s’introduire par vous et contre nous…
— La délation ! Oh ! apprenez-moi, je vous en prie, ce que veut dire ce vilain mot qui me fait peur, sans que je sache pourquoi.
— Ce vilain mot veut dire l’espionnage. Me comprenez-vous maintenant ?
— Oui, je vous comprends, monsieur ; ah ! je ne me croyais pas si malheureuse, ô mon Dieu ! Si vous vouliez m’écouter, vous seriez bientôt fâché de m’avoir dit ce que vous venez de me dire !
— Parlez donc : justifiez-vous si vous le pouvez ! Depuis une heure je ne vous demande pas autre chose.
— Oui, je vais parler et vous raconter tout, puisqu’il le faut… Mais avant de vous apprendre une chose qui va, je le sais bien, m’ôter toute l’amitié que vous aviez pour moi, je vous demanderai une grâce.
— Quelle grâce, encore ? parlez, je vous l’accorde cette grâce, car si vous continuez ainsi, nous n’en finirons jamais.
— C’est la grâce de ne pas dire à ces messieurs ce que je vais vous confier.
— Je m’en doutais, et mes craintes se trouvent justifiées par vos hésitations et les précautions que vous croyez déjà devoir prendre. Mais commencez ; quelle que soit votre faute, j’aime mieux encore un aveu fait avec franchise, que le mystère dont vous chercheriez à entourer une conduite coupable. Je vous promets ce que vous exigez de moi : je me tairai ; mais voyons.