— Vous allez savoir pourquoi, monsieur, je cherchais à écrire au major-général ; et vous ne m’en voudrez plus peut-être, quand je vous aurai appris ce que je ne voulais pas encore vous dire.

En ce moment-là même, un bruit infernal se fit entendre dans nos escaliers : nos amis arrivaient. Il fallut remettre à un instant plus opportun la confidence que Juliette se disposait à me faire, et que je me préparais à écouter avec la plus vive curiosité… Le diable s’en mêle ! m’écriai-je en entendant les fous qui venaient envahir notre logis. Mais essuie tes larmes, prends si tu peux un air gai, dis-je à la petite : ce soir nous serons seuls, et alors tu m’avoueras tout, tout, sous peine de malédiction et de mépris.

— Ah ! que je suis contente, me répondit-elle en se mettant à sauter de joie et en pressant sa jolie bouche sur une de mes mains. Voilà que vous me retutoyez !

Oui, mais en me baisant la main dans l’excès de sa joie, la rusée friponne avait eu soin de rattraper la lettre dont je m’étais emparé comme d’une pièce de conviction, au moment où elle traçait une épître au major-général…

Jamais je n’ai été aussi exact, depuis, à voler à un rendez-vous d’amour, que je le fus à me trouver à l’heure que j’avais indiquée, pour recueillir la confidence que devait me faire Juliette.

Je remarquai à peine en la revoyant, sur sa physionomie, les traces de l’émotion que lui avait causée la scène de la matinée ; elle me parut même tellement remise du trouble que je lui avais fait éprouver quelques heures auparavant, qu’en y regardant de plus près j’aurais pu deviner tout le parti qu’elle avait dû tirer de l’intervalle qui s’était écoulé entre le moment de la surprise et celui de la confidence. Juliette avait eu, bien évidemment, tout le temps nécessaire pour se préparer à me tromper ; et ce qu’il y avait encore de plus évident pour moi, c’est qu’elle avait mis ce temps-là à profit, de la manière la plus admirable. Cependant, malgré la défiance qu’avaient dû m’inspirer, sur sa sincérité, l’affaire du chapeau et la scène plus récente de la lettre, je me résignai à être abusé par elle, s’il le fallait encore… La défiance pèse trop au cœur des jeunes gens, et l’illusion qui les charme ne vaut-elle pas, au bout du compte, cent fois mieux pour eux que la triste réalité, qui les désabuserait si impitoyablement sur les choses de ce pauvre monde ?

— Eh bien ! lui dis-je en me plaçant auprès d’elle, les aveux vont-ils venir, maintenant que nous voilà seuls ?

— Les aveux ?… C’est plus que cela ; c’est une histoire que j’ai à vous dire.

— Ou à me faire, peut-être ; et quelle histoire encore ?

— La mienne.