— Ton histoire, à toi ? Parbleu, je ne m’attendais guère, je te l’avoue, à trouver une héroïne dans une petite fille de ton âge et de ton humeur !

— Oui, riez bien, je vous le conseille, et moquez-vous tout à votre aise de moi… Vous ne rirez peut-être plus quand je vous aurai appris qui je suis !

— Une princesse sans doute, ou tout au moins l’héritière de quelqu’une de ces familles illustres qui pullulent en Bretagne ?

— Voilà bien comme vous êtes, vous autres beaux messieurs !… Vous vous moquez des malheureux qui sont nés au-dessous de vous, et qui cependant n’ont rien fait au ciel pour mériter leur sort.

— Allons, enfant que tu es, te voilà encore tout en pleurs pour une plaisanterie innocente. Songeons plutôt à bien employer le temps où nous nous trouvons ensemble, sans avoir à redouter les importuns qui sont venus nous déranger ce matin. Voyons, ne nous attendrissons plus à tous propos et causons tranquillement. Que voulais-tu me dire ?

— Je voulais vous dire, d’abord… que je suis une pauvre fille…

— Je ne le sais que de reste ; mais ce n’est pas ta faute, et jamais, je crois, nous n’avons pensé à t’en faire un crime : on ne se donne pas la naissance…

— Je suis née dans l’île d’Ouessant…

— Tiens ! et tu nous avais toujours dit que tu étais née à Douarnenez !

— C’est que j’avais mes raisons pour vous cacher l’endroit où était ma famille.