Tous nous nous levâmes en nous demandant qui pouvait, à une heure aussi avancée, vouloir nous rendre visite. Nous n’attendions personne, chacun était présent au logis, et l’approche inaccoutumée d’un étranger nous étonna et nous donna à réfléchir un peu, sans que nous pussions bien nous rendre compte du motif pour lequel nous nous sentions un peu déconcertés.

Bientôt les pas, dont nous avions distingué le bruit, cessèrent de se faire entendre. Mais une main qui nous parut très-ferme et très-assurée, frappa trois coups à notre porte.

Nous demandons tous à la fois : Qui est là ?

Une voix qu’il nous sembla reconnaître, mais encore assez vaguement, nous répondit : C’est moi, messieurs.

— Entrez ! nous écriâmes-nous alors sans savoir à qui nous allions avoir l’honneur de parler.

La porte s’ouvre, un homme vêtu d’une grande redingote bleue paraît : c’est le major-général de la marine !

— Messieurs, nous dit-il d’un ton familier et en se baissant un peu pour entrer le chapeau à la main dans notre salle de compagnie, ma brusque visite à cette heure vous surprendra un peu, sans doute ?

— En effet, général, lui répondit Lapérelle avec quelque embarras, nous ne nous attendions pas à l’honneur que vous voulez bien nous faire…

— Je le crois bien ; mais le motif de la démarche que j’ai cru devoir tenter auprès de vous suffira, je l’espère bien, pour vous faire excuser l’indiscrétion de ma visite nocturne. J’ai à vous parler d’une chose sérieuse, mes bons amis ; et pour me mettre tout-à-fait à l’aise avec vous, je vous prierai d’abord de faire sortir, pour un petit instant seulement, cette jeune personne.

— Général, c’est une jeune orpheline que nous avons recueillie ici, et qui depuis cette époque nous a tenu lieu de gouvernante.