— Et comment, général, voulez-vous que nous fassions ?
Comment, messieurs ? C’est à moi que vous demandez cela ? n’avez-vous pas un état qui réclame impérieusement le sacrifice de tous vos instans, de votre jeunesse et même de votre vie ? La mer n’est-elle pas là pour effacer jusqu’aux traces des folies que l’on serait en droit de vous reprocher déjà, et n’est-ce pas sur l’Océan qu’est ouverte la carrière que vous devez vous attacher à parcourir avec honneur et avec gloire ?
— Aller à la mer ! Nous ne demanderions pas mieux, général. Mais les places sur les navires en croisière ne sont accordées qu’aux protégés, et nous…
— Et n’êtes-vous pas ceux que je dois protéger avant tous les autres, quand je vous vois exposés au danger de vous perdre, malheureux que vous êtes !
— Quoi ! il se pourrait que vous eussiez songé à nous faire partir ?
— Sur les navires de la division qui doit appareiller demain matin ; et pour vous prouver que je pensais depuis long-temps à vous, voici vos ordres d’embarquement, signés du préfet maritime et de moi. Oh ! vous pouvez voir ! rien n’y manque : c’est que quand je me mêle de servir mes amis, j’ai pour habitude de ne pas faire les choses à moitié, voyez plutôt !
Messieurs Lapérelle et Eugène B…, tenez, voilà votre ordre d’embarquement pour la frégate la Foudre.
Messieurs Mathias et Édouard, le même ordre pour le vaisseau l’Indomptable.
— Et quant à vous trois, messieurs, vous irez, si vous le voulez bien, à bord du Majestueux.
— Oh ! combien, général, nous vous devons de reconnaissance pour l’extrême bonté que vous avez eue…