— Eh ! folles têtes, ne faut-il pas avoir de la prévoyance pour vous et prendre en commisération l’heureuse imprudence de vos belles années ? Mais entendons-nous bien avant de nous quitter, mes petits messieurs : vous avez vos ordres d’embarquement bien en règle, n’est-ce pas ?
— Oh ! parfaitement en règle, général ; rien n’y manque, ainsi que vous le disiez tout à l’heure.
— Demain, par conséquent, vous serez tous à bord avant six heures ?
— A cinq heures, général, chacun sera rendu à son poste nouveau.
— J’y compte, mes amis, et avec d’autant plus de confiance, que ce poste-là sera celui de l’honneur. C’est une belle croisière que vous allez faire… Ah ! mais, à propos, j’oubliais une chose importante, et la plus importante même après vos ordres d’embarquement.
— Et laquelle ?
— Pardieu ! laquelle ! le paiement du traitement qui vous est dû. C’est un article essentiel que je n’aurais pas dû omettre, et que j’ai cependant oublié. Mais comme je puis en votre absence faire ordonnancer le solde de votre arriéré, et que nous sommes gens de revue, je vais vous faire, sur votre bonne mine, les avances du traitement qui vous est indispensable pour entrer en campagne. Combien de mois vous faut-il ?
— Il nous est dû trois mois, général ; mais, avec deux mois, nous pourrons fournir à la gamelle du bord la quotité exigible pour chacun de nous.
— Trois mois à trente francs pour chacun, cela doit faire six cent trente francs, à moins que je ne me trompe, car je ne suis pas un mathématicien de votre force, messieurs. Tenez, voilà trente-deux napoléons, et rendez-moi le reste.
— Pour le moment, nous serions assez embarrassés de vous rendre entre nous tous l’excédant du compte, et par une assez bonne raison. Mais on peut trouver de la monnaie dans la maison.