[3] Voir la [note troisième], à la fin de l’ouvrage.

— Eh bien ! Juliette, ma pauvre fille, lui dit-il, tu sais tout ? Tes larmes nous apprennent que tu n’ignores pas que demain matin il faudra nous séparer ?

— Oui, sans doute, que je sais tout… C’est ce vieux général qui a fait mon malheur… Ah ! ah ! ah !… Oui, c’est même lui qui est venu vous dire que j’étais une fille corrompue, et que je vous perdrais… Je l’ai bien entendu, allez… Et vous autres, vous ne lui avez rien répondu…

— Il n’a pas dit, ma bonne amie, que tu fusses une fille corrompue, et tu as très-mal entendu ou très-mal compris. Il nous a seulement parlé de la corruption qui pourrait résulter d’une intimité innocente dans ses motifs, mais dangereuse dans ses effets. Du moins, c’est ainsi que je crois avoir saisi les paroles du général. N’est-ce pas, messieurs ?

— Oui, sans doute ; il n’a pas dit que Juliette fût une fille corrompue.

— Corrompue ou non, ça m’est égal ; et, puisque je me trouvais bien avec vous, cela ne regardait que moi… Et, à présent, je ne vais plus savoir que devenir… Mais mon parti est déjà pris… j’irai me jeter à l’eau.

— Non, non, repris-je à mon tour avec autant de calme qu’il me fût possible d’en mettre dans ma harangue, tu n’iras pas te jeter à l’eau, et c’est à nous d’assurer ton avenir… Messieurs, m’écriai-je, en m’adressant à mes amis, qui déjà m’avaient compris, nous sommes riches maintenant de trois mois de traitement, n’est-ce pas ? Est-ce que deux mois ne nous suffiraient pas pour payer notre bien-venue à la table des navires sur lesquels nous venons d’être embarqués ?

— Si certainement ! répondirent unanimement mes camarades. Donnons un mois de traitement à Juliette pour lui assurer une existence honorable et digne de nous, pendant notre absence.

— Oui, ajouta avec plus d’énergie que tous les autres notre ami Mathias, donnons-lui un mois de traitement pour qu’elle puisse vivre convenablement et nous rester fidèle.

— C’est cela ; voici d’abord la part de Mathias et la mienne, soixante francs !