— Oui, brûlons tout, mettons tout en cendres, en commençant par ce tableau de mathématiques, qui nous rappelle le mal que nous avons eu à nous fourrer quatre volumes de Bezout dans la tête.

— C’est cela ! au feu ce coquin de tableau.

— Approuvé à l’unanimité ! au feu le tableau et tous nos livres d’études ! Il faut que demain il ne reste plus rien dans le logis qui puisse rappeler douloureusement, à cette pauvre Juliette, le souvenir de ses chers aspirans.

— Au feu aussi les Aventures du chevalier de Faublas !

— Non, messieurs, non ; moi, je m’oppose à cet holocauste, par égard pour Juliette. N’oublions pas que c’est dans cet ouvrage que notre élève a commencé son éducation.

— Il a raison ; épargnons Faublas, en faveur de Juliette ; mais brisons, brûlons ou saccageons tout le reste.

— Pein, pan, vlin, vlan ; tiens, voilà le cas que je fais de nos chaises et de nos tabourets. A propos, mes amis, si, pendant que nous sommes en train d’anéantir les monumens de notre séjour ici, nous jetions ces lits et ces matelas au feu ?

— Non pas, dites donc vous autres ! nous pourrions mettre le feu à la cassine, et brûler là des objets qui ne nous appartiennent pas.

— Et voyez le grand mal, quand nous rôtirions nos voisins et notre propriétaire ! est-ce que nous ne partons pas demain ?

— Ah ! dites donc, si vous vous décidez à mettre le feu à la maison, prévenez-nous-en d’avance, car j’ai l’intention de sauver Juliette des flammes, comme ce citoyen espagnol qui brûla, vous le savez bien, sa turne, pour avoir le plaisir d’enlever sa maîtresse au beau milieu de l’incendie.