— O mes amis ! Un instant, il me vient une idée lumineuse. Avant que nous ayons entamé notre dernier bol, il faut que Juliette coupe une mèche de ses beaux cheveux blonds, et qu’après avoir brûlé cette dépouille précieuse à la flamme de cette liqueur ardente, nous avalions avec le punch la cendre des cheveux de cette chère petite.
— Bien trouvé ! C’est vrai, et moi qui n’y avais pas pensé ! Voyons, Juliette, vite une mèche de tes cheveux. J’ai déjà soif de boire, avec amour, quelque chose de toi.
— Mais où faut-il que je vous coupe de mes cheveux ?
— Là, tiens, à l’endroit où je viens de te donner un baiser. Détache la plus longue et la plus belle de celles de ces tresses onduleuses dont tu pourras disposer en notre faveur.
— La voilà, messieurs ; voyez la belle espèce de cheveux ! C’est moi qui vais l’offrir à l’ardeur de la flamme dévorante. Remarquez le sublime effet que ces belles boucles blondes font au-dessus de ces flammes légères et bleues qui vont les consumer pour toujours !
— Oui, mais pour passer dans notre sein, là, sur notre cœur !
— Allons, verse-nous toi-même ce punch cinéraire, ma fille ! Nous venons de faire là un sacrifice à la manière des anciens ; car nous autres nous serons toujours pour toi aussi les anciens, n’est-ce pas ?
— Je bois à toi, Juliette, à ton bon cœur !
— Moi aussi, je bois à elle, à sa sensibilité !
— Moi, à son attachement pour le corps des aspirans de marine !