Lapérelle, le moins emporté de toute la réunion crut devoir interposer sa grave autorité dans le petit conflit qui venait de me mettre assez mal à l’aise.
— Édouard, me dit-il, tu ignores sans doute le but et l’espèce de notre société. Nous nous sommes réunis ici pour travailler ensemble de manière à pouvoir nous préparer à subir l’examen de première classe qui va bientôt s’ouvrir pour nous. Le motif qui nous a rassemblés nous imposait l’obligation d’éviter toute cause de distraction qui pût nuire à l’application qui nous était si nécessaire pour terminer des études trop tard commencées. Tu es reçu aspirant de première classe, toi, tu n’as plus besoin de te casser la tête pour le même examen que nous. Nous autres, au contraire, nous ne sommes que de seconde classe, et malheureusement il nous reste beaucoup à apprendre…
— Raison de plus pour qu’Édouard vienne nous aider quand nous nous trouverons embarrassés dans une démonstration.
— Mathias, veux-tu bien me laisser achever ?
— Parle, puisque tu y tiens ; mais je t’avertis d’avance que tout cela ne signifie rien, absolument rien pour moi.
— Je disais donc que nous avons encore beaucoup à acquérir. Sans doute que si tu voulais nous aider de tes conseils et de ton instruction tu pourrais nous être utile. Mais comment t’assujettirais-tu à repasser encore des leçons de géométrie et de trigonométrie pour l’amour de nous ?
— Je l’eusse fait volontiers, si j’avais cru pouvoir vous être bon à quelque chose.
— Assurément qu’il l’eût fait, et avec plaisir encore ; aucun de vous n’en a douté, mais vous avez voulu trouver un prétexte, et voilà tout.
— En ce cas, je n’ai plus aucune objection à faire, et c’est avec infiniment de plaisir même que je verrais notre camarade prendre place au milieu de nous.
Lapérelle me serra la main en prononçant ces derniers mots ; tous les autres camarades en firent autant. Celui-là même qui s’était montré le moins disposé à m’accueillir au sein de la société, vint me présenter ses excuses avec cordialité, et dès cet instant-là je comptai parmi les habitués de la maison, à la grande satisfaction de Mathias que tous ses amis eurent un peu de peine à apaiser, tant l’avait agité la petite discussion soulevée par mon introduction. Mais quelle maison était celle-là ! je vais vous dire l’impression que l’aspect de ce gîte presque aérien produisit sur moi à la première vue.