Le personnel d’un vaisseau de guerre se compose de différentes parties fort distinctes entre elles, et qui, toutes, concourent au service nécessaire à la manœuvre et à la conservation du navire.
Ces différentes parties sont :
L’état-major, c’est-à-dire la réunion des officiers, depuis le commandant jusqu’au dernier aspirant.
La maistrance. C’est la réunion de tous les maîtres du bord, maître-d’équipage, maître-canonnier, capitaine d’armes, chef de timonerie, maître-voilier, maître-charpentier, maître-calfat, et enfin le maître-coq, le chef de la cuisine du bord.
Chacun de ces maîtres a, sous ses ordres, un second-maître au moins, et plusieurs contre-maîtres chargés de surveiller les détails de la spécialité qui leur est confiée.
Ce que l’on nomme l’équipage du navire, par opposition à l’état-major, se divise en diverses classes affectées aux différentes branches du service général.
La classe des gabiers se présente d’abord comme la plus remarquable dans la démocratie navale.
Les gabiers sont la fleur des matelots. C’est à eux que sont attribués la visite et l’entretien du gréement. Leur poste le plus ordinaire est dans les hunes, sur les barres de perroquet ou de cacatois : leur spécialité enfin est en l’air, au haut de la mâture, sur le bout des vergues, le long de la ralingue des voiles. Lorsque, dans les momens du plus grand danger, soit au sein d’une tourmente, ou dans le feu d’un combat, il faut qu’un homme se dévoue pour exécuter un ordre périlleux duquel peut dépendre le salut d’un mât, ou même la simple conservation d’un hunier ou d’une basse-voile, soyez sûr que cet homme intrépide sera un gabier, ou autrement dit un des voltigeurs du bord, car c’est là le nom que les autres matelots donnent à ces gens d’élite de leur classe. C’est de cette pépinière si précieuse et si lente à croître et à se former, que sont tirés les quartiers-maîtres qui, à leur tour, deviennent contre-maîtres, et ensuite maîtres d’équipage. Tout ce qui, à bord, possède le grade qui répond à celui de sous-officier dans l’armée de terre, est désigné sous le nom générique d’officiers mariniers.
Après les gabiers, viennent les canonniers ou chefs de pièce. Ce sont eux qui manœuvrent, chargent, et dirigent les canons de la batterie et des gaillards pendant le combat. Chaque chef de pièce a, sous son commandement immédiat, un certain nombre d’hommes attachés au service du canon qu’il fait charger, qu’il pointe, et dont il envoie le boulet à l’ennemi.
Les canonniers, eu égard à l’importance et à la gravité de leurs fonctions à bord, forment, au milieu de l’équipage, un corps qui se distingue presque toujours par l’austérité que les habitudes de la profession ont dû apporter dans toutes les manières des hommes de choix qui l’exercent. Si les gabiers sont des voltigeurs, dans le langage figuré des marins, les canonniers pourraient être appelés les réfléchisseurs ou les penseurs du bord. A son attitude sévère et méditative seule, on pourrait reconnaître un chef de pièce, de tous les autres individus du vaisseau, quand bien même aucun signe particulier ne le distinguerait extérieurement des marins avec lesquels il vit.