On appela, comme pour faire brusquement diversion à l’opinion générale, les autres témoins à entendre dans la cause. Ils confirmèrent tous, comme ils le purent, la déposition faite par leur aspirant. La simplicité que le patron du grand canot mit dans ses réponses, fut remarquée, comme la seule chose qui pût peut-être égayer la gravité d’une affaire aussi sérieuse.

Ce brave homme raconta d’abord, dans le langage naïf et rude qui lui était ordinaire, son trajet à bord de l’amiral et son retour à bord de l’Indomptable. Parvenu, après bien des circonlocutions, au point important de l’abandon du vaisseau, le président lui demanda : — Le vaisseau était-il abandonné ?

— Abandonné ? répond le patron.

— Oui, le vaisseau était-il abandonné ? reprend le président.

— Ça c’est selon, mon général !

— Comment c’est selon ! un vaisseau est abandonné ou il ne l’est pas !

— Je sais bien ce que vous voulez dire. Ce n’est pas ce qui m’embarrasse, pardieu, et ce qui fait une coque dans le câble que je file. Mais faut-il vous dire tout ici entre nous, et devant tout le monde ?

— Mais certes, il faut dire tout ! vous êtes ici pour cela.

— Eh bien ! le vaisseau était abandonné plus ou moins. Voilà mon opinion du moment.

— Avez-vous ou n’avez-vous pas trouvé enfin quelqu’un à bord ?