— J’ose à peine te le dire, puisque tu ne l’as pas encore deviné. Je crains que tu ne m’en veuilles, mon ami ; mais le malheur qui semble avoir présidé à ma naissance, et ma triste destinée, m’ont réduite à la nécessité d’accepter les bienfaits d’un galant homme…
— Et de quel galant homme encore ?
— De l’homme le plus généreux et le plus aimable, et que je voudrais pouvoir aimer autant qu’il mérite de l’être… Ouf !
— Et quel est encore, voyons donc, cet homme généreux et aimable ?
— Tu te rappelles peut-être cette lettre que tu surpris un jour dans mes mains, et que j’écrivais au…
— Au major-général de la marine… Oh ! va, je ne l’ai pas oublié. Ce serait donc lui ?…
— Eh bien ! oui, mon ami, c’est lui. J’aime mieux que ce soit toi que moi, qui l’aies nommé…
— Ah ! j’avais donc bien deviné dans le moment ! et tu nous trompais tous déjà, petite perfide…
— Ne te fâche pas, Édouard ; tu le tromperas à ton tour… Il te sera si doux, mon ami, de te venger de moi et de lui, que tu me pardonneras ma faute passée, n’est-ce pas, en faveur de ma faute présente ?… Oh ! comme hier au soir je t’ai reconnu avec bonheur, faisant tant de bruit au spectacle ! Si tu savais avec quel orgueil je me suis dit à moi-même, en te retrouvant tel que je t’ai aimé : Voilà bien un de mes aspirans ; car, aussi vrai que je me nomme Olinda maintenant, vous m’avez donné une si mauvaise habitude, que je n’ai jamais pu aimer que des aspirans depuis vous, depuis toi surtout, et depuis ce pauvre Mathias dont tu ne m’as pas encore dit un mot.
— Pourquoi t’en aurais-je parlé quand tu nous as tous sacrifiés, nous, tes premiers et tes meilleurs amis, à ce vieux drille de major-général ?