— Ah ! c’est vrai ; c’est le démon de la composition, vois-tu, qui me rend déjà si distrait. Vite un crayon, vite du papier ! Ne perdons pas un moment, voilà que je suis inspiré, et prends garde à toi, car les vers vont couler comme un torrent courroucé de ma verve brûlante… Prosterne-toi et écoute :

Eh quoi ! vous vous plaignez que les ans trop jaloux,

Aient sur vos nobles traits dessiné quelques traces ;

Quand vous voilez si bien, sous l’enjouement des grâces,

Ces torts de l’âge mûr, que bien des jeunes fous

Cacheront, dans dix ans, avec moins d’art que vous.

Notre jeunesse, hélas ! frêle fleur de la vie,

Passe avec cette ardeur qui ne dure qu’un jour ;

Mais ces élans du cœur qui prolongent l’amour,

Sont la seule jeunesse en qui je me confie.