— Tu ne répugnerais donc pas à aller rejoindre Mathias en Amérique ?

— Mais c’est sur la détermination que j’ai à adopter, que je veux te consulter… A ma place, que ferais-tu ?

— Je ne sais… Et tiens, j’hésite à te dire ce que je pense, dans la crainte de te faire supposer que mes conseils pourraient être intéressés.

— Oh ! parle, parle maintenant sans détour ! Il y a long-temps, tu le sais, que je suis résignée à tout… Que ferais-tu à ma place ?

— Eh bien, puisqu’il faut te le dire… je… ma foi… je partirais !

— C’est là aussi ce que j’avais pensé.

— Ah ! tu y avais donc songé ?…

— Si bien que, depuis ce matin, j’ai appris, par des informations que j’ai recueillies pendant ton absence, qu’un bâtiment d’ici allait faire voile pour New-York, et que de là il me serait facile de me rendre à Baltimore…

— Quoi déjà ! Mais y penses-tu bien sérieusement ?

— Et que me reste-t-il autre chose à faire ? Dépenser ici l’argent que notre généreux ami m’envoie ? Tromper, en trahissant ses bienfaits, l’amour qu’il a pour moi, et dont je suis peut-être si peu digne !… Oh ! non, mon Édouard, l’adversité, et plus encore les reproches que je me suis faits, m’ont trop appris de choses pour que je m’égare sans cesse sur une route toujours semée d’écueils pour moi !… Je partirai, je partagerai le sort de l’homme qui m’a si constamment aimée !…