Ce capitaine, vêtu d’une chemise de jinga, comme l’étaient ses matelots, et tout barbouillé de noir aussi comme eux, était assis les jambes croisées sous lui à la manière des tailleurs, sur le capot de la chambre. En m’approchant de lui d’un air qui pouvait peut-être trahir l’émotion que je cherchais à lui cacher, je portai la main à mon chapeau sans qu’il daignât répondre à la politesse de mon salut…

Les premières paroles qu’il m’adressa fort dédaigneusement, en continuant de s’exprimer en espagnol, ne furent pas très-propres à dissiper les craintes que j’éprouvais :

— As-tu peur, me demanda-t-il en braquant sur moi deux yeux de lion, dont le blanc émail contrastait horriblement avec la teinte de son visage recouvert d’une épaisse couche de noir.

— Peur ! lui répondis-je… non : il y a long-temps que dans le métier que je fais je me suis guéri de ce mal-là.

— As-tu servi ?

— Oui.

— Où, comment et qui ?

— Dans la marine militaire de France, à Brest, à Rochefort, comme aspirant, sous le règne de l’empereur.

— A Brest ?… Qui as-tu connu là ?

— Tous les officiers, tous les aspirans de la marine qui servaient en même temps que moi.