— Mais les meilleurs ?
— Eugène Delt… Adolphe Tur… Pierre No… Achille Mathias…
— Mathias, dis-tu ? Mais lequel, encore ? Mathias le pirate ?
— Le pirate ! Je ne sais s’il est pirate, mais alors il était aspirant.
— Eh oui, le pirate ! qu’y a-t-il là qui doive t’étonner ? Mais comment est fait encore ce Mathias que tu dis avoir connu ? Quel homme est-ce enfin, car je suis bien aise de voir si tu ne me trompes pas, et si tu as réellement connu ce gueusard-là.
— Ma foi, c’était un homme de ma taille à peu près, un peu plus grand, peut-être, brun, noble, brave, généreux, incapable d’une mauvaise action, et capable de tout ce qu’il y a de beau et de sublime au monde…
— Assez, assez, bon Dieu ! on ne t’en demande pas tant ! On dirait, à t’entendre, que c’est lui tout justement qui a coupé la patte du singe de Madras ! Le reconnaîtrais-tu bien, toi, qui dis avoir été l’ami de ce forban ?
— Si je le reconnaîtrais ! Plût à Dieu que je fusse à même de le reconnaître !
— Ah ! ah ! ah ! plût à Dieu ! Il est bon là, cet autre avec son plût à Dieu ! Dis donc plutôt plût au diable !… Mais nous verrons bientôt jusqu’où ira ta science en fait de reconnaissance amicale. Ça sera touchant, une effusion de cœur en pleine mer, et ça m’amusera joliment, moi qui aime les farces !
A ces mots, le corsaire, qui venait de m’interroger d’une manière si étrange, sauta de son dôme dans l’escalier de la chambre, et disparut à mes yeux.