C’était un brick très-fin, très-élancé, d’une médiocre dimension ; mais bien gréé et qui paraissait être armé de quatorze ou quinze canons, et monté par un fort équipage. Le damier rouge et noir, qu’il avait arboré d’abord, à la tête de son mât de misaine, fut amené dès qu’il nous eut approchés, et un long pavillon rouge à croix blanche fut hissé au pic de sa large brigantine.
Assez long-temps les deux corsaires continuèrent à suivre parallèlement la même route que moi, sans se faire aucun signal, sans s’adresser le moindre mot, quoique la distance qui les séparât fût cependant assez petite pour les engager à se hêler…
La brise était ronde, la mer belle, et le bruit monotone des vagues, que fendaient tranquillement nos trois navires, interrompait seul, de temps à autre, le silence de cette scène imposante dans laquelle j’étais destiné, moi, pauvre bâtiment marchand, à jouer un rôle si passif !
Résigné à subir le sort qu’il plairait au ciel de m’envoyer, j’attendais, avec mon équipage consterné, l’événement qui ne se préparait que trop évidemment pour nous, et j’aurais, je l’avoue, donné en ce moment, de bien bon cœur, tout ce que je possédais, pour que la fortune se prononçât d’une façon ou d’une autre à notre égard.
Le brick, en laissant arriver de manière à me serrer de plus près qu’il ne l’avait fait encore, me tira enfin d’incertitude…
— Où vas-tu ? me hêla Zumala au porte-voix.
— A Nantes, lui répondis-je, comme je l’avais déjà fait deux heures auparavant à Mathias.
— Matheasso t’a-t-il visité ?
— Eh oui sans doute ! demandez-le-lui, si vous le voulez !
— A-t-il enlevé quelque chose de ta cargaison ?