Mais, presque au même instant, la goëlette de Mathias, ayant imité la manœuvre du brick, avait expédié aussi de son côté un de ses canots avec huit matelots commandés par le second du corsaire.

Les deux officiers de corvée, en se trouvant en présence l’un de l’autre sur mon gaillard d’arrière, se mesurèrent d’abord de l’œil, et, après un moment de silence :

— Pourquoi, demanda le second de Zumala à celui de la goëlette, ton capitaine laisse-t-il aller ce trois-mâts français sans l’amariner ?

— Parce qu’apparemment cela lui a plu, répondit le second de Mathias.

— Eh bien, comme il plaît aussi à Zumala, mon commandant, de prendre pour nous ce que vous n’avez pas voulu prendre pour vous, je te préviens que j’engante ce trois-mâts à notre profit.

— Toi amariner ce trois-mâts pour ton compte, quand nous lui avons donné carte blanche ? je t’en défie, brigand que tu es !

— Tu m’en défies… Eh bien nous allons voir qui mangera le lard… Attends un peu que je parle à Zumala !… Commandant Zumala !

— Ahie, ahie, répondit Zumala appelé par son second.

— Le second de la goëlette vous défie, au nom de Mathéasso, d’amariner cette barque française.

— Oui ! il m’en défie !… En ce cas, reviens à bord avec tes hommes. Démonte avant de partir le gouvernail du trois-mâts, pour qu’il ne s’en aille pas pendant le coup de feu, et puis nous allons voir à qui restera le bâtiment.