Le Palafox ayant été considéré comme épave, les petits marins qui s'en étaient emparés ne pouvaient prétendre qu'au tiers de la valeur de la prise, tandis que, s'ils avaient capturé ce bâtiment avec un bateau commissionné du gouvernement pour courir sur l'ennemi, on leur aurait accordé les deux tiers de leur capture.

Comment, répétait encore Cavet, en s'indiquant toujours, comment, pour avoir le droit de faire tort à l'ennemi qui cherche tous les moyens de nous nuire, il faut que le gouvernement que nous voulons servir, nous permette, par brevets, de nous emparer d'un bâtiment ennemi! Il ne veut donc pas du bien qu'on veut lui faire, ni du mal que l'on veut causer à nos rivaux?—Si, si fait, répondit Tanguy, il veut bien recevoir le bien, puisque tu vois qu'il s'empare du navire que tu as enlevé.

—Ce n'est pas ainsi que je comprends le gouvernement qui doit nous régir, ni la société au milieu de laquelle je prétends vivre.

—Eh bien, veux-tu nous faire un autre gouvernement et une autre société qui t'arrangent mieux? Tu es bien malin, mon garçon; mais il n'y a pas moyen: c'est à prendre ou à laisser.

—Vous avez raison; c'est à laisser. Aussi. ne pouvant changer ce qui ne me convient pas, je veux du moins m'ôter de dessous les yeux les choses qui me blessent la vue, qui me font mal au coeur, et qui révoltent ma fierté d'homme.

—Qu'as-tu donc encore qui te passe en travers dans la tête?

—Ce que j'ai? J'ai, que je veux vivre ailleurs que dans ce monde qui me gêne, et dont je me sens trop près. Je veux enfin être corsaire, me faire tuer, ou devenir quelque chose en respirant l'odeur de la poudre au milieu des combats, et non cet air pesant et corrompu qui m'empoisonne.

—Corsaire! corsaire! Mais si tu te fais chenoper en course par les Anglais, qui vous font de si belles rafles sur la mer?

—Eh bien, peut-être alors je reverrai ma soeur en Angleterre, et ce sera au moins une consolation que de pouvoir espérer d'être réuni à elle.

—Et à bord de quel corsaire encore veux-tu courir bon bord.