—A bord du premier venu. Il y en a une pacotille de mouillés à Labreuvrack. J'irai trouver un capitaine qui ne me demandera pas qui je suis, mais bien ce que je sais faire, et je lui dirai: J'ai du courage et de la force...
—Oh! pour ça, c'est vrai.
—Je connais la côte de Bretagne aussi bien que n'importe quel pilote.
—Ça, c'est encore vrai.
—Prenez-moi à l'essai, si vous croyez que je vous trompe.
—Oh! il te prendra, pour quelque chose de mieux qu'à l'essai.
—Et puis après...
—Et puis après?
—Et puis après, ma foi, largue les huniers, hisse le grand foc, et adieu la terre... Ici, le père Tanguy s'essuya une larme d'une main, et de l'autre prit celle de son fils... Puisque tu le veux, et que ce que tu as dans la tête n'en sort jamais, je ne te dirai rien pour t'empêcher de faire la course. Il y a long-temps que je sais bien que tu as trop d'esprit pour rester avec de pauvres gens comme nous. C'est quand tu seras malheureux qu'il faudra revenir ici; mais si tu as du bonheur, ne reviens pas, et pense seulement quelquefois à moi; à ton vieux Tanguy, qui n'a d'autre peine que celle de ne pas t'avoir donné le jour....
Cavet était attendri des larmes du vieillard, mais sa résolution était prise. Il comprit qu'il fallait brusquer son départ, et saisir son père au mot, pour ne pas lui donner le temps de la réflexion. Le matin, après avoir embrassé tout le monde, reçu les bénédictions de sa famille et les voeux de ses amis, il fit voile avec quelques pilotes dans un bateau qui devait le conduire, muni d'un léger paquet d'effets, à Labreuvrack, port de réunion de quelques corsaires en relâche.