—Capitaine Rodriguez, le brick que vous avez enlevé avec tant d'intrépidité, appartiendra à vous et à vos gens. Voici un de mes gilets: vous ira-t-il?.
—Un autre que moi vous dirait peut-être, général, qu'il ne va pas à toutes les tailles; mais moi, sans compliment, je le prends, et je tâcherai de le remplir.
—Et ces pistolets, voulez-vous les accepter aussi, avec le gilet et cette ceinture? Tout cela m'a plus d'une fois servi.
—Et ces armes-là vous serviront encore, mais dans mes mains, général.
—Allez vous faire panser de votre blessure, et revenez chez moi, quand vous voudrez. Votre hamac sera pendu dans ma chambre. Je n'ai pas besoin de vous dire que ma table est devenue la vôtre.
—Trop d'honneur, mon général; ce n'est pas de refus.
Une poignée de main suit ce rapide entretien. Rodriguez sort, porté par la foule, suivi des aides-de-camp qui l'admirent, parce que le Libérateur l'a accueilli avec distinction. Il ne savait où porter ses pas, ni comment échapper à l'ovation populaire dont il se voyait menacé. Il n'aimait pas les triomphes.
Une jeune fille, jolie, alerte et palpitante, saute vers lui, d'un des groupes qui lui barraient le passage par enthousiasme. Elle court à sa rencontre, un mouchoir blanc à la main. Rodriguez s'arrête machinalement, et, sans savoir encore ce que lui veut cette belle enfant, il la laisse passer sur sa joue ensanglantée le mouchoir qu'elle lui présente avec la grâce la plus naïve et la plus touchante.
Etonné de cette prévenance si familière, il s'écrie, en portant ses regards distraits sur les grands yeux vifs de l'inconnue: La drôle de petite fille! Et la petite fille lui sourit avec une expression de tendresse qui le consterne.
—Comment te nommes-tu?