—Mosquita, monsieur le capitaine.

—Qui es-tu? Où est ta famille?

—Je suis née à Popayan. Je n'ai plus de parents, les Espagnols les ont tués.

—Oui: les gredins! Eh bien! moi, je t'adopte, et je te vengerai. Où demeures-tu?

—Là! C'est ma maison: elle est à moi.

—Allons-y. Cette maison sera la mienne. Mais m'as-tu jamais vu?

—Sans doute, il y a trois jours: Je vous ai vu parler au Libérateur, et dès ce moment j'ai juré de vous suivre partout.

Oh! la drôle de petite fille! répète Rodriguez. Et le voilà entrant dans la maison de Mosquita. Il se repose enfin!

La chambre de Mosquita n'était pas richement ornée, mais elle était proprette. Un lit de courbari, un hamac en filet élégant, une petite table et une grande armoire composaient, avec quelques chaises en crin et un christ, tout son ameublement. Un vieux nègre servait de domestique à la petite orpheline, qui vivait à Carthagène d'une faible pension que le gouvernement colombien lui payait quand il pouvait.

Rodriguez, après s'être laissé laver sa plaie avec une eau de Gombeau, préparée par sa jolie hôtesse, s'empare du hamac. Il jette à terre le gilet rond du Libérateur, qu'il trouve cousu de quadruples, mais l'attention délicate du général est à peine remarquée: c'est son pantalon qui l'occupe. Ce pantalon est percé, Mosquita le prend des mains du corsaire pour le raccommoder, et elle le répare avec autant de tranquillité que si depuis dix ans elle vivait avec l'homme que pour la première fois elle vient de recevoir chez elle. Accablé de fatigues, Rodriguez s'endort pendant que sa nouvelle conquête travaille auprès de lui son pantalon, et qu'elle veille à ne pas interrompre le silence parfait qui règne dans cette modeste habitation, qui va devenir bientôt l'asile de l'amour et du bonheur.