[3] Un coup de tems signifie dans le langage technique du marin, un coup de vent. Mais comme un coup de vent est presque toujours pour eux un événement remarquable, ils se servent quelquefois de ce mot composé coup de tems pour désigner par métastase, le fait qui les frappe ou l'accident qui leur arrive dans les circonstances quelquefois les plus étrangères aux choses du métier. C'est encore une transition du nom propre au langage figuré.
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[4] On a trop long-temps confondu entr'elles la course et la piraterie, faute d'avoir su se rendre compte de la différence qui existe entre ces deux faits très faciles à apprécier et à spécialiser. Un Corsaire et un Pirate sont encore, pour la plupart des gens du monde, deux mots identiques qui emportent avec eux la même idée. Mais c'est là une erreur que, pour l'honneur des corsaires d'abord, et des personnes un peu versées dans la connaissance des termes synonymiques, nous regrettons d'avoir à relever.
Un corsaire est un bâtiment marchand, armé par des particuliers, et qui navigue avec l'autorisation du gouvernement, pour le compte de ses armateurs, et même un peu pour celui du gouvernement, sous le même pavillon que les navires de l'Etat. Il ne peut par conséquent exister de corsaires qu'en temps de guerre.
Un pirate est, au contraire, un navire qui, n'étant d'aucune nation, arbore à son gré tous les pavillons pour s'emparer, contre le droit de tous les peuples, des bâtimens qu'il lui convient d'amariner. C'est surtout en temps de paix qu'il y a des pirates et que la piraterie devient le plus facile à exercer, car c'est surtout alors que l'absence des croiseurs et la confiance avec laquelle naviguent les bâtimens de commerce, peuvent assurer une certaine impunité et promettre de certaines chances de bonheur, aux navires auxquels il plaît d'écumer ou de balayer la mer.
Un corsaire est, enfin, pour rendre la distinction que nous avons établie plus sensible, un corsaire est le soldat qui fait partie d'un corps franc, pendant la guerre. Le pirate ou le forban n'est autre chose qu'un voleur de grand chemin, un détrousseur de passans sur la voie publique de l'Océan.
Sous Louis XIV, ou plutôt sous le grand Colbert, la plupart des capitaines de corsaires qui s'étaient le plus distingués par leur audace ou leur habileté, furent appelés à remplir des grades élevés dans la marine royale. Duquesne, Duguay-Trouin, et le plus célèbre quoique le moins remarquable de tous, Jean-Bart, n'avaient pas eu d'autres commencemens. Leurs exploits et leurs succès avaient ennobli leur origine maritime; et les lettres de marque qu'ils avaient obtenues pour faire la course, devinrent plus tard les lettres de noblesse qui leur ouvrirent la carrière de l'avancement dans la marine militaire.
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[5] Rahucher un navire (pour rehucher), c'est refaire ses hauts pour élever, en reconstruisant sa partie supérieure, le dessus de ses œuvres-mortes. Un bâtiment rahuché, c'est-à-dire remonté après coup, a presque toujours une mauvaise grâce, et la trace pénible du remaniement se trahit le plus souvent dans les efforts mêmes que l'on a faits pour mieux en dissimuler l'étrangeté.
Un matelot qui sort tout guindé de sa classe, sans pouvoir réussir à abandonner avec sa casaque, les manières qui décèlent trop évidemment son origine, est un matelot rahuché, c'est-à-dire, par ironie, un navire que l'on a cherché vainement à rendre plus vaste ou plus élégant après coup. Cette expression de matelot rahuché, est un des plus heureux tropes maritimes que je connaisse. Les expressions de canaille enrichie et de gueux remplumé, beaucoup plus usitées, valent bien moins.