Je n'avais que trop bien vu.

Cette grosse masse noire qui s'avançait n'était autre chose qu'un grand bâtiment dont la marche était si supérieure à la nôtre, qu'en très-peu de temps il nous eut gagnés de manière à pouvoir nous héler.

Je me préparai à subir les interrogations que le capitaine du bâtiment, devenu mon voisin, ne tarderait pas, selon toute probabilité, à m'adresser; car je ne pouvais me dissimuler qu'en me chassant comme il le faisait, et en s'approchant autant de moi qu'il lui avait été possible, il n'entrât dans son plan de me parler.

Malgré toute la curiosité qu'excitait en moi l'approche nocturne de ce diable de navire, je ne pouvais assez bien le distinguer pour savoir à quelle espèce de bâtiment j'allais avoir affaire.

Il me présentait obstinément son avant en courant dans mes eaux, et dans cette position, et surtout au milieu de l'obscurité qui régnait sur les flots, il ne m'était guère possible de me faire une idée bien précise sur sa force et sur sa forme.

Peu de minutes suffirent pour me tirer d'incertitude.

Un long coup de sifflet de silence, parti de son gaillard d'avant, m'anonça que j'allais être interrogé par le commandant d'un navire de guerre.

—Oh! du trois mâts! oh! furent les premiers mots qui me furent adressés d'une voix solennelle dans un porte-voix dont les sons prolongés allèrent se perdre sur les eaux.

—Holà! répondis-je du mieux que je pus.

—D'où venez-vous?