Nos compagnons songèrent, une fois amarrés dans les tranquilles bassins de ce port, à se composer une petite cargaison et à trouver une femme.
La cargaison se trouva assez facilement faite avec les écus que les deux pèlerins avaient su enlever aux habitans de Sierra-Leone.
Pour se procurer une beauté loyale et marchande, ainsi qu'ils avaient la prétention d'en acheter une, ils s'adressèrent d'abord aux modistes du pays.
Mais, par malheur pour eux, les modistes de la place se trouvèrent toutes à peu près vertueuses, et le moyen de décider une vertu à entreprendre le voyage de la côte d'Afrique pour avoir l'honneur de charmer les ennuis d'un gouverneur anglais.
Après avoir épuisé bien vainement toute son éloquence auprès des modistes inflexibles, M. Laurenfuite s'adressa aux actrices de la troupe. L'art dramatique et lyrique passe assez généralement, soit à tort ou à raison, pour avoir des goûts aventureux et pour aimer à changer de place. Les paquebots américains partaient quelquefois alors chargés d'artistes et bondés de musiciens. Le Nouveau-Monde faisait une consommation effrayante de jeunes premières et de fortes amoureuses. Ce n'est que depuis peu que l'Amérique a commencé à devenir plus sobre sur l'article du théâtre français. La Colombie, le Brésil et l'Amérique du nord trouvent qu'ils en ont assez eu.
Notre aimable subrécargue s'imagina donc qu'il pourrait, sans beaucoup d'efforts, rencontrer dans la troupe qui desservait le théâtre du Hâvre la perle qu'il cherchait et qu'il prétendait rencontrer plus heureusement que ne le fit le coq de la fable.
Il s'adressa à la jeune première, rien que ça!
La déité dramatique lui demanda, dès qu'il eût énoncé ses motifs et fait ses propositions:
—Y a-t-il un théâtre en votre Sierra-Leone?
—Non, mademoiselle, lui répondit-il; mais vos attraits pourront briller là de tout leur éclat, aux feux d'un soleil de vingt-cinq à trente degrés à l'ombre.