—Mais est-il bien nécessaire que nous mettions la main sur une jeune personne comme il faut? Cette condition n'est pas, autant qu'il m'en souvient, stipulée dans la charte-partie.
—Non; mais vous sentez bien que nous ne pouvons pas amener à notre gouverneur la première venue, un restant de fonds de magasin.
—C'est vrai; pour notre honneur et pour sa satisfaction personnelle, il faut que nous lui apportions quelque chose de propre, de présentable et de non avarié, en un mot; car il est amateur au moins ce diable d'Anglais. Allons voir l'écrivain des Petites-Affiches, pour qu'il nous arrange notre annonce en style du premier numéro, coûte que coûte.
—C'est ce que j'allais vous proposer. Allons aux Petites-Affiches!
[CHAPITRE V.]
[Marché conclu.]
Le lendemain de l'entrevue de mes deux marins avec le rédacteur en chef des Petites-Affiches parisiennes, on vit paraître sur la première page de ce recueil si précieux pour les gens qui ne savent pas lire, l'avis suivant imprimé en lettres majuscules, à trois francs la ligne.
DEMANDE IMPORTANTE.
«Un capitaine de navire fort avantageusement
connu dans tous les ports de mer
demanderait une jeune personne bien élevée,
de l'âge de dix-huit à vingt ans, qui
voulût bien se charger de la place de gouvernante
dans la maison du directeur d'un
riche établissement colonial à l'étranger.
Le prix du passage sera payé. Il y aura de
bons appointemens.
«S'adresser rue du Bouloy, grand hôtel
du roi de Prusse, à l'appartement numéro 3,
au premier.—1—6.»