«La rudesse et la colère ne sont pas toujours, pour les femmes honnêtes, le moyen le plus sûr et le plus victorieux de repousser les tentatives qui offensent leur vertu ou leur pudeur. Il est souvent plus facile de s'indigner contre l'audace des séducteurs que de les déconcerter de manière à leur ôter l'envie de renouveler leurs attaques imprudentes. J'ai connu une femme très-sensée qui se débarrassa des importunités d'un fat que toutes ses rigueurs n'avaient pu rebuter jusque-là, en prenant le parti de rire comme une folle à chaque déclaration que le galant renouvelait. Une autre dame du monde trouvait que que la recette la plus merveilleuse pour se préserver des attaques de ces insectes de la société qui veulent flétrir toutes les réputations, était de bâiller quand ils osaient parler trop ouvertement de leur amour ou de leur insolent martyre. Les hommes qui font métier de triompher de toutes les femmes sont cuirassés d'avance contre l'indignation qu'ils allument quelquefois dans l'âme de celles qu'ils veulent déshonorer; mais ce qu'ils ne dédaignent jamais, c'est le ridicule qu'ils excitent, et le mépris qu'ils inspirent aux honnêtes personnes du sexe.»

—Et vous lisez des livres comme cela? s'écria le vainqueur humilié en rendant le volume à Joséphine.

—Mais il me semble, répondit-elle, qu'on peut y trouver d'utiles leçons.

—Et voilà donc le motif pour lequel vous avez ri aux éclats en recevant ma déclaration?

—Le livre conseille de rire ou de bâiller.

—Et vous avez ri.

—Auriez-vous mieux aimé que j'eusse bâillé?

—Allons, mademoiselle, restons-en là, je vous prie. Je vois maintenant à qui je m'adressais. Des innocentes de votre façon, on en trouve partout. Vous avez pleuré avec le capitaine Sautard, et vous riez comme une idiote avec moi.

—Oui, j'en conviens, j'ai pleuré avec le capitaine, car lui, il m'affligeait....

—Et moi, n'est-ce pas, j'ai eu l'avantage de vous égayer?