Les autres hommes ne comptent pour une bonne fortune que les beautés qu'ils parviennent à conquérir. Notre Anglais regarda comme une bonne fortune tout le mal qu'il allait se donner pour faire la conquête de la jolie Française.
Le capitaine Sautard l'avait d'ailleurs engagé à ne pas trop brusquer le dénoûment, pour mieux assurer le succès de sa galante tentative, et il se résigna de grand cœur à supporter les lenteurs d'un siége en règle.
Quelques semaines se passèrent sans que Joséphine s'expliquât bien le rôle qu'elle devait jouer, et sans que son amant osât lui révéler ce qu'il attendait d'elle.
Indécise enfin sur le sort que lui réservait l'avenir dans une maison où tout le monde paraissait la traiter en maîtresse, elle se décida avec sa naïveté ordinaire à faire part au gouverneur de ses inquiétudes et des craintes qu'elle avait conçues sur sa position.
—Monsieur, lui dit-elle ingénument, malgré toutes les attentions dont je suis devenue l'objet et les égards que je dois à votre bonté, je ne me sens pas à mon aise ici.
—Et que pouvez-vous avoir à désirer, mademoiselle? Parlez, je vous promets que s'il est en mon pouvoir de vous satisfaire, vos moindres volontés seront exécutées à l'instant même.
—Faut-il vous le dire, monsieur? Je voudrais, en m'employant à quelque chose d'utile, avoir quelque occupation chez vous, et mériter vos bienfaits.
—Mais votre présence seule ici ne vous donne-t-elle pas des droits à ce que vous voulez bien appeler mes bienfaits.
—Ma présence!... On m'avait dit à Paris qu'en arrivant chez vous je trouverais un poste, un emploi conforme à ma condition et à mes goûts....
—A votre condition? Tous les postes décens peuvent y convenir. A vos goûts? J'ignore et je voudrais certes pour tout au monde....