Le Subrécargue.—Je pense bien, monseigneur, que si en effet vous aviez à la place de toutes vos belles esclaves une de ces aimables et tendres Anglaises comme j'en ai vu dans les rues de Londres et ailleurs, vous passeriez plus agréablement le temps avec elle qu'avec toutes vos beautés d'ébène.
Le Gouverneur.—Les Anglaises, non! C'est une de vos piquantes, vives et sensibles Françaises qu'il me faudrait pour charmer, par sa gaîté et son esprit, l'orgueilleuse solitude de ma place; car ici je suis seul au monde avec une autorité que je n'exerce que sur des subordonnés presque aussi ennuyés que moi, ou sur des esclaves encore moins malheureux que leur maître, peut-être.
Le Capitaine.—Vous voudriez une Française à Sierra-Leone! Peste, monsieur le gouverneur, vous n'êtes pas dégoûté! Et moi aussi j'en voudrais bien une ou deux, ou trois même s'il était possible.
Le Subrécargue.—Mais ce que demande là monseigneur n'est peut-être pas à trouver chose aussi difficile qu'on le pense.
Le Capitaine.—Comment! est-ce que vous auriez sous la main une de nos compatriotes à procurer à M. le gouverneur?
Le Subrécargue.—Non pas; je ne parle nullement de cela. Je dis seulement qu'une belle et bonne Française ne serait pas si difficile à trouver avec du temps.
Le Capitaine.—Oh! avec du temps, avec du temps! Parbleu, je le crois bien; avec du temps on a bâti Paris, ce qui était, je pense, plus difficile que de pêcher à la ligne une femme comme il y en a cinquante à soixante mille sur le pavé de notre capitale.
Le Gouverneur.—C'est justement une Parisienne que je voudrais; car j'en ai connu de ces Parisiennes, et vraiment, avec votre vin de Champagne, c'est je crois ce que vous avez de mieux en France.
Le Subrécargue.—Monseigneur, vous êtes en vérité trop bon, et je suis tout-à-fait de votre avis. Mais pourquoi, puisque, comme dans le Calife de Bagdad,
A Française vive et légère
Vous voulez consacrer vos soins et votre ardeur,