—C'est bien, messieurs. Ces papiers deviendraient inutiles entre nous; les deux mille francs vont vous être payés.

Cette sommé était une partie du prix auquel les malheureux avaient vendu la pauvre Joséphine!

Le capitaine, en entendant sonner les écus qu'on leur comptait par ordre de leur prétendue débitrice, se sentit des scrupules et presque des remords.—C'est elle qui se paie de ses propres mains, se disait-il en lui-même. Oh! il vaudrait cent fois mieux pour un honnête homme avoir fait la traite des nègres!

M. Laurenfuite ne songea qu'à faire un reçu pour solde de tout compte au caissier qui venait de lui remettre deux mille francs au lieu de quinze cents francs dont il était convenu avec feu le gouverneur dans le cas où les deux lions, qui se portaient fort bien à Bruxelles, seraient venus à mourir dans la traversée.

—Maintenant, dit Joséphine au capitaine Sautard dès que le subrécargue eut mis la main sur les espèces, il me reste un service à vous demander.

—Lequel, madame, parlez? Il n'y a rien, je le sens, que je ne fasse pour vous, quand il faudrait me faire écorcher tout vif de la tête aux pieds pour vous être agréable? Quel service puis-je être assez heureux pour vous offrir?

—Celui de me ramener en France sur votre bâtiment, en France où il me reste encore un vieux père et une si bonne mère! Mais vous ne me ramènerez pas seule....

—Et avec qui donc, sans être trop curieux?

—Avec les restes de celui à qui je dois tout! avec la cendre du meilleur, du plus délicat, du plus généreux des hommes! avec la cendre de mon époux!

—Oh! les deux coquins de lions, se dit en lui-même le capitaine Sautard en se mordant les lèvres de dépit et de remords; comme je vous les aurais étranglés si j'avais pu savoir!... Deux lions, une femme comme cela!... Ah! monsieur Laurenfuite, nous pouvons bien dire que nous faisons deux grands scélérats, vous et moi!