—Mais bié sûr, tiens; il me l'a bié dit du moins.

—Êtes-vous bien réellement mariés ensemble?

—Si ce n'est pas, il ne s'en faut guère. A la colonie il m'épousera tout de bon. Et puis, s'il ne m'épouse pas là, il y aura des juges et un Code pénal.

—Quel est votre nom?

Françouaise-el-Lefèvre, native de Caudebec, pour vous servir si j'en étions capable.

—Et savez-vous le nom de votre prétendu mari, ou plutôt de celui qui vous a débauchée?

—Débauchée! Apprenez que je suis une honnête fille, et que je ne me suis jamais laissée aller en débauche! Tiens, celui-là! Débauchée! débauchée vous-même, entendez-vous!

—Qu'on fasse retirer cette femme.... Vous lui ferez donner un hamac dans la cambuse, où elle couchera seule; elle recevra une ration comme son mari, qui prendra son hamac dans le logement de l'équipage.

L'heureux couple, assez content de l'audience que je venais de lui donner, se retira sur le gaillard d'avant, où les hommes du bord ne tardèrent pas à faire connaissance avec l'un et l'autre époux.

Le cuisinier se chargea d'abord d'employer utilement la paysanne cauchoise, à qui il fit subir préalablement un examen assez étendu sur ses connaissances pratiques en fait de préparations alimentaires.