Un jour ayant eu sujet de faire quelques reproches à mon maître d'équipage, le métaphorique Boissauveur, sur l'état dans lequel il s'était présenté la veille à bord, après une copieuse ribotte, le coupable contrit me répondit:

—C'est l'occasion, comme dit l'autre, mon capitaine, qui fait le larron ou plutôt le biberon. Une supposition, que vous rencontriez à terre un ami qui vous dirait, parlant à votre personne: Je me marie et je vous invite à ma noce; vous allez tout bonifacement pour nocifier. On boit, le vin est bon, et la gaîté va de l'avant. On chante et on vous demande un petit couplet de chanson. Et si par hasard il vous arrivait comme à moi de vous griser en chantant, plutôt qu'en boissonnant, que feriez-vous vous-même, mon capitaine?

—Je ne chanterais pas.

—Ceci est très-facile à dire; mais la pratique, voyez-vous, est un navire à gouverner, et la théorie un navire à l'ancre. Dans le port tout le monde est marin, à la mer il n'y a que les hommes qui sont des hommes, et moi, mon capitaine, je puis dire que je suis un homme de mon état. Quand je suis entre la vergue et les rabans, j'aimerais mieux me jeter en vrac dans le lac cacafouin, la tête la première et les boutons de guêtre en l'air, que de manquer de respect à n'importe quel chef; car, comme dit cet autre, un chef est toujours un chef, aussi bien pour l'homme en ribotte que pour l'à jeun.

—Tout cela est fort bien; mais une autre fois je vous engage à être plus réservé dans votre conduite.

—C'est ce que je vous promets en vous remerciant, mon capitaine; mais c'est ce que je ne vous jure pas.

—Comment c'est ce que vous ne me jurez pas?

—Non, je ne veux pas vous tromper. La chair est faible, et il ne faut pas trop tenter la chair. Et si, comme je vous le disais, foi de Breton, un particulier comme ce géomètre de Toutes-Nations, que vous connaissez bien sans qu'il soit besoin de vous le réciter, venait encore me dire: Maître Boissauveur, je me marie avec la grosse Cauchoise; je lui dirais: Mon garçon, je serai de la noce, pourvu qu'il y ait de la gaîté à ton mariage et un peu de liquide pour arroser ton amarrage conjongal.

—Ah! Toutes-Nations s'est donc marié?

—Ceci est un fait reconnu. Comment, mon capitaine, vous ne saviez donc pas l'événement?