—Mais voyons donc, entendons-nous un peu. Est-ce ton nom ou celui de ton pays, que Toutes-Nations?

—Ça m'est égal. Mettez tout ce que vous voudrez.

—Où sont tes papiers?... Ce gaillard-là m'a l'air d'un assez mauvais sujet.

—Coumé jé né sais pas liré, jé n'ai pas pourté dé papiels avecqué moi.

—Belle raison, ma foi! Allons, tout cela s'expliquera en temps et lieu, car je compte bien ne pas perdre ce drôle et cette drôlesse de vue pendant leur séjour dans la colonie. En attendant, monsieur le capitaine, je vais faire décharger votre rôle de la responsabilité qui aurait pesé sur vous si à votre arrivée vous n'aviez pas fait la déclaration rigoureuse exigée par nos lois maritimes en pareille circonstance.... Mais, en vérité, cette grosse réjouie ne me paraît pas trop mal pour une femme d'occasion. Non, mais c'est qu'elle vous a même des yeux qui semblent vouloir dire quelque chose.... A propos, comment vous nommez-vous? car il est probable qu'entre vous deux vous aurez au moins un nom.

—Françouaise el Lefèvre, pour vous servir, mon beau monsieur.

—Toujours pour me servir. C'est en vérité unique, et je voudrais déjà que cela fût vrai, tant cette.... Eh bien! Françouaise, puisque Françouaise il y a, allez vous reposer des fatigues de votre traversée, et soyez toujours bien sage, pour conserver s'il est possible votre énorme embonpoint et les roses prononcées de votre teint normand. Allez, ma fille, allez, nous nous reverrons dans peu.

—Vous êtes bien bon, monsieur el commissaire.

—Pas trop boun, murmura entre ses trente-deux dents M. Toutes-Nations en lançant sur le chef de bureau un de ces regards en dessous où se peignaient la défiance et la jalousie conjugales, ou du moins presque conjugales.

Débarrassé du couple aventurier, je m'occupai fort peu de ce qu'il était devenu et de ce qu'il avait pu faire pour subsister depuis son débarquement.