LE FANTOME!

C'était la réponse, la seule réponse que le capitaine avait jugé à propos de faire à l'Anglais qui venait de lui dire qu'il ne devait pas avoir peur.

A la vue de ce nom si connu, de ce mot qui à lui seul était une révélation pour tous les marins, les matelots du Mascarenhas s'écrièrent: C'est le Capitaine-Noir! c'est le Capitaine-Noir! Et les regards des passagers, remplis d'une avide curiosité, s'attachent pour ne plus la quitter sur la mâle figure du commandant du Fantôme.

Dès que le brick, après la légère arrivée qu'il venait de faire, eut repris la route qu'il tenait auparavant à côté du Mascarenhas, le capitaine anglais, remis un peu du trouble que lui avait causé l'apparition du Fantôme et de son redoutable commandant, renoua en ces termes et avec un reste d'émotion la conversation qu'il avait commencée quelques minutes auparavant:

—Commandant, je vous demande pardon d'avoir employé une expression qui a paru vous déplaire; mais je ne savais pas....

Le commandant du Fantôme, à ces mots, se contenta de faire un signe de tête négatif qui signifiait que l'expression du capitaine n'avait pu l'offenser.

L'Anglais reprit, toujours avec la même altération de voix:

—Mais je ne savais pas avoir l'honneur de parler au Capitaine-Noir. Je me félicite, au surplus, d'avoir rencontré, à la suite de tous mes malheurs, un homme aussi renommé par l'intrépidité de son caractère que par l'humanité de son cœur.

—Finissons-en. De quoi avez-vous le plus besoin?

—D'un chirurgien, commandant, et de quelques vivres un peu frais pour nos pauvres malades.