Placé au sommet d’un rocher dont les escarpements inaccessibles au nord et à l’ouest forment les remparts naturels les plus sûrs, sa position constituait en ce temps son unique défense. Sa situation au milieu des grèves, presque toujours dangereuses à traverser—ce qui l’avait fait désigner au moyen âge: le Mont-Saint-Michel au péril de la mer,—rendait impossible toute tentative d’investissement et le mettait même à l’abri d’un coup de main. Des clôtures en pierres ou des palissades en bois l’entouraient sur les points où les pentes du rocher, moins rudes, permettaient un abord relativement facile à l’est, au point où se trouvait l’entrée et au-devant de laquelle des habitations étaient venues se grouper. Formée au Xᵉ siècle de quelques familles décimées par les Normands qui dépeuplèrent l’Avranchin après la mort de Charlemagne, la ville ne se composait au XIIIᵉ siècle que de quelques maisons établies sur le point le plus élevé du rocher à l’est, afin d’être à l’abri des fluctuations de la mer.
En 1203, l’abbaye fut en grande partie détruite, sauf l’église, pendant les guerres entre Philippe-Auguste, roi de France, et Jean sans Terre, roi d’Angleterre.
Les faits historiques prouvent que l’abbaye et la
Fig. 153.—Abbaye du Mont-Saint-Michel.—Coupe transversale, du nord au sud[67].
ville n’avaient pas d’ouvrages défensifs proprement dits au XIIᵉ siècle ni dans les premières années du XIIIᵉ.
A partir de cette époque, les abbayes, particulièrement celles de l’ordre de saint Benoît, deviennent de véritables forteresses capables de soutenir un siège. Les abbés, seigneurs féodaux, fortifièrent leurs monastères pour les mettre à l’abri des désastres qui avaient signalé le commencement du XIIIᵉ siècle, et le Mont-Saint-Michel est un des plus curieux exemples de cette transformation.
Les premiers constructeurs de l’abbaye semblent n’avoir pas voulu diminuer la hauteur de la montagne et, afin de ne rien enlever à la majesté du superbe piédestal de l’église, ils formèrent un vaste plateau dont le centre affleure la crête du rocher et dont les côtés reposent sur des murs et des piles reliés par des voûtes et
Fig. 154.—Abbaye du Mont-Saint-Michel.—Coupe longitudinale, de l’ouest à l’est.