FIG. 144.

ÉGLISE DE SAINT-TROPHIME A ARLES. (Plan.)

Ce fait a été parfaitement dégagé par le savant épigraphiste Léon Rénier, dans ses cours du Collège de France. «Il est remarquable que les changements, les enrichissements, les modifications de l’architecture importée par Rome dans tous les pays soumis à sa domination se produisent dans les provinces bien avant de se produire en Italie. Rome ne donnait plus, mais recevait des provinces un goût plus affiné, et il s’est opéré alors comme une transfusion d’un sang nouveau plus vif et plus riche[81]

Les architectes romans de la province ont suivi les traditions non interrompues de l’antiquité et, tout en sacrifiant à l’art nouveau qui se manifeste par l’adoption d’un parti architectonique pour la construction des édifices élevés au XIᵉ et au XIIᵉ siècle dans les provinces méridionales, ils conservent les caractères de l’art ancien par le goût raffiné de l’ornementation et de la statuaire dans l’expression desquelles on retrouve aisément les influences syriennes et byzantines.

L’église de Saint-Trophime, à Arles, présente un des exemples, nombreux en Provence, des édifices bâtis au commencement du XIIᵉ siècle selon les nouveaux principes de la construction romane. Elle se compose d’une nef et de deux bas côtés étroits ([fig. 144]), divisés en cinq travées et séparés par un transsept du sanctuaire formé d’une grande abside et de deux absidioles voûtées en quart de sphère.

Le plan de Saint-Trophime rappelle la basilique antique par les dispositions de la nef, du transsept et de l’hémicycle accompagné de deux absidioles; mais l’édifice est roman par son système de voûtes.

Le berceau de la nef est en forme d’arc brisé et les arcs-doubleaux des bas côtés sont en plein cintre. L’arc brisé de la nef n’est pas la caractéristique d’un style d’architecture; ce n’est qu’un moyen, employé souvent par les architectes romans dans le Centre et le Midi de la France, parce que le berceau en forme d’arc brisé exerce, sur les murs latéraux, une action beaucoup moins énergique que le berceau en plein cintre. On voit, du reste, à Saint-Trophime, comme en d’autres églises, l’arc brisé et l’arc plein cintre employés simultanément dans le même édifice selon les exigences de la construction pour assurer sa parfaite solidité.

FIG. 145.—PORTAIL DE SAINT-TROPHIME, A ARLES.